L’urgence dans nos écoles

Monsieur le Maire,
Monsieur le Recteur de l’académie d’Aix-Marseille,
Monsieur le Préfet des Bouches-du-Rhône,

Nous vous écrivons publiquement, en tant que parents, citoyens, membres de collectifs, d’associations, et acteurs de l’école publique marseillaise, en écho direct à l’appel lancé à Paris : « Nous sommes #MeTooÉcole ». Cet appel dit une chose simple : l’école et les temps périscolaires doivent être des lieux sûrs, et lorsqu’il y a violence physique, morale ou sexuelle, la réponse institutionnelle doit être immédiate, lisible, traçable, protectrice. Nous faisons nôtres ces exigences, car à Marseille comme ailleurs, trop souvent, la parole se heurte à une muraille : l’omerta et l’opacité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes

En France, 160 000 enfants seraient victimes chaque année d’inceste et de violences sexuelles, soit un enfant toutes les trois minutes. Une femme sur huit et un homme sur vingt déclarent avoir subi des violences sexuelles avant 18 ans. Et dans l’institution scolaire, les indicateurs disponibles confirment que la violence existe : les signalements d’incidents graves atteignent 4,6 pour 1 000 écoliers dans le premier degré et 13,7 pour 1 000 élèves dans le second degré, les enquêtes de victimation montrent aussi que les violences répétées, y compris à caractère sexuel, touchent une part importante des élèves, avec un impact particulièrement fort sur les filles. 

Dans ces conditions, comment croire, ou faire croire, que la violence serait absente de nos écoles publiques ? La vraie question est ailleurs : voyons-nous, nommons-nous, signalons-nous et protégeons-nous correctement et, surtout, agissons-nous immédiatement quand un enfant est en danger ?

Enfin, sur quoi pouvons-nous agir pour prévenir toutes ces formes de violence dont les enfants peuvent malheureusement être victimes ?

À Marseille, l’opacité met la confiance en danger

Dans un trop grand nombre d’écoles, lors des conseils d’école ou dans les échanges avec les familles, il est impossible d’obtenir des informations pourtant élémentaires :

  • les effectifs réels d’encadrement présents auprès des enfants (notamment sur la pause méridienne et le périscolaire) ;
  • les protocoles précis en cas d’incident, d’accident, de violence ou de suspicion de violence ;
  • la traçabilité des incidents/accidents survenus à l’école, en particulier sur les temps du midi ;
  • les modalités de signalement et de protection immédiate de l’enfant.

Or, comme le rappelle l’appel #MeTooÉcole : quand les signalements n’entraînent pas d’action visible, quand les procédures sont floues, quand la documentation ne circule pas, c’est la confiance dans l’institution qui s’effondre.

Un périscolaire sous tension, tenu par la précarité

Sur le terrain, il est indiqué aux familles des taux d’encadrement théoriques qui diffèrent de la  réalité : la ville s’adapte simplement aux personnels présents sur place, leur demandant d’assurer des fonctions qui ne sont pas les leurs pour afficher des taux d’encadrement satisfaisants. .

Dans les faits, le système repose sur des contrats précaires (de 8h par semaine par exemple avec les Agents Accompagnateurs de la Pause Méridienne (AAPM)), faiblement rémunérés sans perspective professionnelle durable.

Dans les faits, il est demandé aux équipes du périscolaire du soir de réduire les effectifs d’animateurs en fonction du nombre d’enfants prévu (et non du nombre d’enfants inscrits), transférant le risque sur les personnels, et au final sur les enfants. 

Dans les faits, du personnel extérieur à la communauté éducative peut entrer dans une école sans être accompagné et sans être signalé sur un registre dès lors qu’il a une justification technique à y intervenir.

Dans les faits, aucun contrôle des antécédents judiciaires des personnes intervenant régulièrement dans les écoles n’est exigé. 

Les enfants en situation de handicap : une exclusion de fait

L’accessibilité des écoles et l’accompagnement sur les temps périscolaires restent encore trop souvent un parcours du combattant pour les enfants, les familles et les équipes. L’inclusion ne peut pas être un principe abstrait : elle doit être une organisation, des moyens, des formations, et des adultes en nombre suffisant. 

Dans les faits, et pour de nombreuses familles, l’inclusion ressemble à une promesse non tenue : malgré des notifications d’accompagnement, cette aide humaine manque et l’enfant se retrouve exposé. 

Dans les Bouches-du-Rhône, une part très élevée des élèves qui devraient bénéficier d’un accompagnement restent en attente d’Accompagnateur d’Enfant en Situation de Handicap (AESH). Cette situation fabrique de l’inégalité et de la souffrance. Face aux carences de l’État, ailleurs en France, des parents en viennent à payer des accompagnants privés. 

Mais il y a pire avec la pause méridienne. Là, l’école inclusive s’arrête trop souvent à 11h30. Quand l’accompagnement, responsabilité depuis peu de l’État, n’est pas assuré sur le temps du midi, l’enfant est alors accueilli sans les moyens nécessaires, ou bien exclu de fait : repas impossible, récréation dangereuse, épuisement, crises, isolement, retours forcés à la maison, ou solutions  bricolées où l’institution demande à des personnels déjà sous tension de compenser l’absence d’un accompagnement spécialisé.

Dimension humaine et sécurité

Concernant le bâti scolaire, à Marseille comme ailleurs, la règle est la massification avec la construction de très grandes écoles aux conséquences directes sur les trajets, l’ancrage dans les quartiers, la vie scolaire au quotidien, la capacité de suivi, et la qualité de protection des enfants. 

Tout cela impacte forcément les liens entre les familles et l’institution et altère le soin et l’attention permis par la proximité d’un établissement à taille humaine bien géré.  

Nous observons ailleurs une stratégie diamétralement opposée à cette massification des bâtis scolaires comme à Brest, par exemple, avec une municipalité qui affirme un principe de proximité (un enfant ne doit pas être à plus de 600 mètres de sa classe) et qui choisit de renforcer l’utilité publique des écoles, notamment en intégrant des crèches dans des locaux scolaires, plutôt que de fermer des classes et au final des écoles.

Ce que nous demandons : des actes immédiats

Dans cet esprit, et au regard de l’actualité mettant en lumière des cas multiples de violences, notamment sexuelles, au sein des écoles depuis la rentrée scolaire 2025, nous demandons conjointement à la Ville, à l’État et à l’Éducation Nationale  :

  • Les effectifs d’encadrement réels en nombre d’adultes (matin, midi, soir) ;
  • Les référents que les familles peuvent contacter sur chacun des temps de l’école ;
  • Des indicateurs publics simples et comparables présentés à chaque conseil d’école sur les incidents/accidents survenus à l’école.
  • Le signalement immédiat en cas de suspicion ou de fait de violence ;
  • La protection immédiate de l’enfant ;
  • La conservation et la traçabilité des informations ;
  • La protection des professionnels lanceurs d’alerte ;
  • L’accompagnement systématique dans l’école de toute personne étrangère à la communauté éducative par un agent de maintenance du bâtiment de la ville ;
  • La vérification des antécédents judiciaires de toute personne intervenant régulièrement dans les écoles dans le cadre de sa profession ;
  • Des affichages accessibles aux enfants dans chaque école pour lutter clairement contre les violences sexuelles et apprendre le consentement dès le plus jeune âge ; 
  • L’accès à un recueil sécurisé de la parole de l’enfant (avec du personnel médico-psychologique et des unités spécialisées quand nécessaire, dispositifs type Boîte aux lettres Papillons).
  • Des taux d’encadrement stabilisés et publiés ;
  • De la formation ;
  • De la continuité éducative sur le temps du repas et de la cour.
  1. Un plan de résorption de la précarité dans l’animation globale :
  • Une filière municipale de  professionnalisation avec communication, formation, et recrutement ;
  • Des emplois moins morcelés par une organisation territoriale cohérente entre les différents temps de l’enfant dans la ville (périscolaire / extrascolaire / équipements de quartier).
  1. Un audit indépendant (Ville + État + Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale) sur :
  • La sécurité des temps périscolaires ;
  • Les conditions d’accueil et d’encadrement ;
  • L’inclusion des enfants en situation de handicap ;
  • La gestion et la traçabilité des incidents/accidents.

Le rapport de cet audit sera public, avec des restitutions publiques assorties de mesures correctives prévues par un calendrier.

  1. Un débat public sur la taille des écoles et la proximité, incluant :
  • Les impacts sur les enfants (trajets, sécurité, fatigabilité) ;
  • Les impacts sur le fonctionnement quotidien comme la surveillance, l’apaisement, et la prévention des violences ;
  • Des objectifs de proximité territoriale et d’ancrage de quartier pour lutter contre les déficits d’équipements publics et anticiper la baisse des effectifs dans les écoles.

Le Collectif des écoles de Marseille.

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Urgence Marseille Ecoles - Ce que nous demandons : des actes immédiats

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Le saviez-vous ?

Le marché du périscolaire signé en 2023 autorise à ce qu’un animateur sur deux ne soit pas diplômé des métiers de l’animation.

Extrait du cahier des charges consultable ici (p.8 du CCTP) : Au moins la moitié des intervenants par groupe scolaire devront être titulaires d’un des diplômes prévus par Arrêté du 9 février 2007, fixant les titres et diplômes permettant d’exercer les fonctions d’animation et de direction en séjours de vacances, en accueil sans hébergement et en accueil de scoutisme.

Les Agents Accompagnants de Pause Méridienne sont des contrats précaires de 8h/semaine, corvéables sur toute la ville, pour 350 € par mois, aucune information sur le casier judiciaire n’est demandé.

L’annonce est consultable ici sur le site de la ville. Le collectif des écoles de Marseille en a fait un billet sur l’agora de Marsactu, et en a même fait une chanson, à lire par ici, et à écouter par là « La précarité n’est pas un métier » :

Municipales 2026 : à Brest, la ville implante des crèches dans les écoles où le nombre d’élèves diminue

Julie Cassotti, Sylvie Lecherbonnier, lemonde.fr

Le Collectif des écoles de Marseille a fait un billet sur l’Agora de Marsactu sur le sujet : DIS-MOI COMMENT TU CONSTRUIS TES ÉCOLES, JE TE DIRAI QUELLE SOCIÉTÉ TU FABRIQUES.

Des chiffres sur les violences sexuelles

  • En France, au moins 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. Cela revient à 1 enfant victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle toutes les 3 minutes. ciivise.fr
  • Sur l’ensemble de la population adulte, 13 % des femmes et 5,5 % des hommes déclarent avoir subi des violences sexuelles avant 18 ans (tous contextes confondus : famille, école, sport, etc.). Ined
  • Spécifiquement pour les violences intrafamiliales, 4,6 % des femmes et 1,2 % des hommes de 18 ans et plus déclarent avoir subi des violences sexuelles dans leur famille avant 18 ans. ONPE
  • La CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) estime qu’environ 5,4 millions d’adultes en France ont été victimes de violences sexuelles pendant leur enfance, et que le coût annuel pour les finances publiques (santé, justice, travail, etc.) approche 9,7 milliards d’euros.ciivise.fr
  • Les violences sexuelles sont fortement genrées : les filles sont plus touchées que les garçons dans toutes les grandes enquêtes, y compris celles menées à l’école (climat scolaire). Ministère de l’Éducation nationale
  • Les enfants en situation de handicap ont un risque environ 3 fois plus élevé d’être victimes de violences sexuelles que les autres.enfance.gouv.fr
  • Environ 40 % des violences sexuelles avant 18 ans ont lieu avant 11 ans. enfance.gouv.fr
  • Dans le cadre familial, l’âge médian des victimes est de 7 ans pour les filles et 8 ans pour les garçons ; une victime d’inceste sur quatre avait moins de 5 ans au moment des faits.enfance.gouv.fr
  • La majorité des violences sexuelles sur mineurs se produit dans un environnement intime (famille, proche entourage, domicile). enfance.gouv.fr
  • Mais les violences peuvent aussi se produire dans des lieux accueillant des mineurs : établissements scolaires, clubs sportifs, structures culturelles, culte, etc.enfance.gouv.fr
  • Les chefs d’établissement (et, dans le 1er degré, les inspecteurs) déclarent les « incidents graves » dans une application de signalement (« Faits établissement »). Pour l’année 2022-2023 : vie-publique.fr
    • Premier degré : 4,6 incidents graves pour 1 000 écoliers.
    • Second degré (collèges + lycées) : 13,7 incidents graves pour 1 000 élèves (contre 12,3 en 2021-2022).
    • Taux le plus élevé en lycées pro ; les collèges concentrent près de 3 incidents sur 4 du secondaire.
    • Parmi ces incidents graves :
      • la majorité sont des atteintes aux personnes (violences verbales, physiques…) ;
      • un bloc « autres atteintes » (racket, bizutage, violences sexuelles, etc.) représente environ 3 % des signalements dans les écoles,
      • 6 % dans les collèges et lycées.
  • Un rapport récent sur les mineurs auteurs de violences sexuelles montre : vie-publique.fr
    • 11 500 mineurs mis en cause en moyenne chaque année pour des violences à caractère sexuel (2017–2024), avec une hausse de 8 900 à 15 729 mis en cause par an.
    • 30 % des auteurs d’agressions sexuelles sur mineurs sont eux-mêmes mineurs.
    • 93 % de ces mineurs auteurs sont des garçons, majoritairement âgés de 13 à 15 ans – typiquement les âges du collège et du début du lycée.